1L'apologie de la chasteté Cranach l'Ancien, Adam et ÈveCe tableau d'Adam et Ève de Cranach l'Ancien témoigne de l'intérêt de l'artiste pour les scènes bibliques, notamment le thème des deux amants. À l'image d'Ève, la femme est perçue comme la tentatrice et la position centrale de cette dernière sur la toile justifie sa nature maligne. Les corps, qui se détachent sur fond de nature luxuriante, sont peints avec une économie de moyens et de manière peu réaliste. Lucas Cranach l'Ancien, Adam et Ève, 1526. Huile sur bois, 117,1 × 80,5 cm. Courtauld Institute, Londres.Bridgeman Art Library, London/New York Préparé par les idées stoïciennes insistant sur la maîtrise de soi, avec la naissance du christianisme apparaît un nouveau discours sur le corps. La faute commise par Adam et Ève devient rapidement l'acte charnel, déconsidéré par l'Église. Progressivement, au cours du Moyen Âge se met en place un clivage essentiel entre les prêtres et le reste de la société. Les premiers — ayant reçu l'ordre de la prêtrise (un des sept sacrements) — sont considérés, de par leur vœu de chasteté, comme supérieurs et proches du sacré et sont chargés d'assurer la reproduction spirituelle de la société. Les seconds, les laïcs jugés inférieurs puisqu'ayant commerce charnel, ont pour rôle sa reproduction biologique. L'Église semble donc apporter une définition de la société qui repose exclusivement sur le critère de la sexualité ; l'état matrimonial est perçu comme inférieur à l'état clérical mais, comme l'affirme saint Paul, « mieux vaut se marier que de brûler » (Première Épître aux Corinthiens, 7, 9) ; c'est pourquoi l'Église reconnaît la nécessité de sceller des noces et ainsi de conserver ses ouailles des dérives hérétiques.